21 juillet 2008

G.A.V

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  Sa main gauche est reliée à ce mur noirci et abîmé par les nombreux contacts de ces chaises et tables manipulées avec indélicatesse. Autour de l'anneau planté, la trace grisâtre parfaitement ronde du métal ayant frotté le mur; la faute aux innombrables paires de menottes accrochées à cet anneau afin d'entraver les vauriens, jouant ainsi le rôle de compas asservissants.

  Il est assis là et il attend. De sa chaise il voit les fonctionnaires, dans le fond, dans une autre pièce. Il entend les rires, la bonne humeur, les plaisanteries. Il sent l'odeur du café qui vient d'être servi. Il a très envie de fumer. Il a toujours très envie de fumer... mais ce soir, assis sur cette petite chaise et sa main amoureusement liée à ce mur défraîchi, l'envie se fait vorace. Il fumerait bien une cigarette de vingt mètres de long, s'il le pouvait. Il a bien tenté en vain de demander d'en griller une, mais il s'est heurté au refus catégorique des fonctionnaires. Il les a bien insulté, espérant que cela changerait quelque chose... mais c'était peine perdue. Qu'à cela ne tienne, il retentera, plus tard dans la soirée. Pourtant la dernière fois, on l'a laissé fumer. Cela l'avait d'ailleurs étonné, car que les fois d'avant, il n'en était pas question.

  Son poignet commence à lui faire mal, alors il appelle quelqu'un, criant juste assez pour que l'on puisse l'entendre. Un fonctionnaire se déplace. Il lui demande poliment s'il peut lui desserrer cette menotte qui commence à lui creuser la peau. Le fonctionnaire le soulage et il le remercie chaleureusement. Il est reconnaissant envers le policier. Dans l'instant il ne ressent plus de haine envers cet uniforme dont il a une profonde aversion. Il ne manque pas de réïtérer sa demande pour la cigarette. Il se heurte de nouveau à un refus.

  Il attend que l'on s'occupe de lui. Il sait qu'un officier de police judiciaire lui notifiera ses droits. Il sait que ses vêtements seront passés au crible, qu'il devra se déshabiller entièrement et que la liste de ses effets personnels sera couchée sur un registre. Il sait qu'il passera la nuit dans une cellule de quelques mètres carré chargée d'odeurs corporelles et dont les murs sont griffonnés avec les moyens du bord, comme par exemple de matière fécale. Il a l'habitude.

  La haine refait surface. Entre les quatre murs de sa geôle, allongé sur son lit de béton, il songe à cette clope qu'il voudrait bien fumer. Alors il s'agite, se tourne dans tous les sens, se lève. Dépourvu de tout objet tranchant, coupant ou pointu car écartés lors de sa fouille de sécurité, il n'a que la fermeture éclair de son haut de jogging pour graver sur le mur plein de crasse : "Nik la police".

  Il s'allonge et sent le sommeil le gagner. Il s'est habitué à l'odeur épouvantable de sa cellule mais se dit que la prochaine fois, il en demandera une autre; celle-ci est vraiment trop dégueulasse. Il admire le mot doux qu'il a gravé sur le mur, et s'endort...

policeline

Posté par Galileo PLDNC à 22:35 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur G.A.V

    Ca pue, c’est sale,
    Les murs sont tachés de sang,
    De pisse et d’excréments.
    Dans ma geôle.
    Les couvertures, puent à en vomir.
    Ont-elles été changées, ne serait-ce qu’une seule fois ?
    Malgré ce mur qui nous sépare !
    Je t’entends petit !
    Tu pleures tu as fait des conneries !
    Tu as 19 ans, tu ne veux pas aller en prison ?
    Péter des carreaux de bagnole !
    Pour s’occuper ce soir !
    N’était vraiment pas une bonne idée.
    Tu regrettes ?!
    Ca ! Je veux bien te croire.
    Ca pue, c’est sale,
    Les murs sont tachés de sang
    De pisse et d’excréments.
    Dans ta geôle.
    Je t’entends petit !
    Tu pleures doucement.
    Tu pleures comme les hommes,
    Lorsqu’ils se cachent, pour ne pas qu’on les voit pleurer.
    Moi aussi j’y suis, tu sais !
    Tu as 19 ans !
    J’ai essayé de te rassurer,
    De te dire, ne t’inquiète pas, tu n’iras pas.
    Avec ta voix cassée, plein de larme et de regret.
    Tu pleures, tu tapes pour que l’on t’entende.
    Après ce ballet incessant,
    Qui, je croyais n’en finirai jamais,
    Sommeil, médecins et avocats !
    C’est mon tour,
    Je m’en vais !
    Samedi 21 avril, 18 heures.
    44 heures ! Gardé à vue.
    Le temps, ne semble pas exister ici.
    Ca passe lentement et vite en même temps.
    Je devinais depuis longtemps déjà,
    Où ma haine et ma rage me mènerait,
    Mais toi ! Avec ce vilain passe temps.
    Le savais-tu ?!
    Une fois seulement ?!

    Crystelle 2007

    Posté par crystelle, 12 août 2008 à 23:53 | | Répondre
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